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08 juin 2026

Succession : que faire quand un héritier refuse de signer ? Les apports de la nouvelle loi du 7 avril 2026

Lors du règlement d’une succession, il n’est pas rare qu’un héritier refuse de signer un acte, s’oppose à la vente d’un bien immobilier ou reste totalement silencieux malgré les relances du notaire. Ces situations de blocage peuvent durer plusieurs années et empêcher les autres héritiers de vendre un bien, de procéder au partage ou de percevoir leur part de succession.

Afin de répondre à ces difficultés fréquemment rencontrées en pratique, la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes apporte plusieurs outils destinés à faciliter le déblocage des successions. Sans remettre en cause les principes fondamentaux du droit des successions, cette réforme renforce les possibilités d’agir lorsque l’un des indivisaires fait obstacle au règlement de la succession.

L’autorisation judiciaire de vendre un bien malgré le refus d’un héritier

 

La mesure la plus attendue de la réforme concerne l’article 815-6 du Code civil.

Désormais, le président du tribunal judiciaire peut autoriser un indivisaire à conclure seul la vente d’un bien indivis. Cette nouveauté constitue une avancée importante pour les successions bloquées par l’opposition ou l’inertie d’un héritier.

Concrètement, lorsqu’un bien immobilier dépend d’une succession et qu’un héritier refuse de signer l’acte de vente sans motif légitime ou demeure totalement silencieux, les autres indivisaires peuvent saisir le tribunal afin d’obtenir une autorisation judiciaire.

Jusqu’à présent, ces situations conduisaient souvent à engager une procédure de partage judiciaire longue et coûteuse. La nouvelle rédaction du texte offre désormais une voie plus directe permettant, sous le contrôle du juge, de réaliser la vente sans l’accord unanime de tous les héritiers.

Le législateur n’a toutefois pas défini précisément les conditions d’octroi de cette autorisation. La jurisprudence a pu précédemment retenir des critères liés à l’urgence et à l’intérêt commun.

En Corse, la vente peut être décidée à la majorité des deux tiers

 

La loi du 7 avril 2026 renforce également un mécanisme spécifique applicable aux immeubles situés en Corse dont la propriété a été établie par un acte notarié de notoriété.

Dans cette hypothèse, les indivisaires représentant au moins deux tiers des droits indivis peuvent décider de vendre ou de partager le bien sans recueillir l’accord unanime de tous les héritiers.

La procédure est strictement encadrée. Les indivisaires majoritaires doivent manifester leur intention devant notaire. Celui-ci informe ensuite les héritiers minoritaires et assure une publicité renforcée du projet, notamment par voie d’annonces légales, d’affichage et de publication sur internet.

Les indivisaires minoritaires disposent alors d’un délai de trois mois pour faire connaître leur opposition.

À défaut de réponse dans ce délai, les héritiers restés silencieux sont réputés avoir donné leur consentement à l’opération. En revanche, lorsqu’une opposition est exprimée, le tribunal judiciaire doit être saisi afin de vérifier que la vente ou le partage ne porte pas une atteinte excessive aux droits des indivisaires minoritaires.

Ce dispositif permet ainsi de lutter contre les situations d’indivision ancienne particulièrement fréquentes en Corse tout en préservant les droits de chaque héritier.

Le recours au partage judiciaire demeure possible

 

Lorsque le désaccord entre héritiers est plus profond ou que les opérations présentent une certaine complexité, le partage judiciaire reste une solution incontournable.

La réforme modernise d’ailleurs ce mécanisme en élargissant son champ d’application, désormais applicable non seulement aux indivisions successorales, mais également à la liquidation et au règlement des intérêts patrimoniaux des époux, partenaires de PACS et concubins. La procédure peut aussi être engagée lorsque la complexité des opérations le justifie (refus d’un indivisaire, contestation, présomption d’absence ou indivisaire défaillant).

Par ailleurs, les pouvoirs du juge commis aux opérations de partage sont renforcés. Celui-ci peut désormais trancher les contestations qui surviennent au cours de la procédure et ordonner les licitations (vente aux enchères du bien indivis suivie de la répartition du prix entre indivisaires).

Cette évolution vise à accélérer le règlement des dossiers complexes et à limiter les blocages procéduraux qui pouvaient auparavant prolonger considérablement les délais de liquidation des successions.

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